Marathon de Nantes, une victoire  » amère « 

l’année dernière, une journée de septembre, Mathieu de Upperwestguys ( un ami ) m’appelle et me propose de participer au marathon de Nantes. Il a deux invitations… et une invitation ça ne se refuse pas !

Tout fraîchement sorti du Grand Raid des Pyrénées, j’étais vraiment heureux de partir sur ce challenge. Après les 84 km et 5150 md+ du GRP, mon premier ultra trail ( et oui, à partir de 80 km on est sur de l’ultra trail ), j’avais a cœur d’améliorer ma  » vma  » ( ou vo2 max ) et ma  » puissance lipidique  » pour être plus performant sur les longues distances.

Et quoi de mieux qu’une grosse préparation marathon pour progresser sur ces deux facteurs ! Alors je me lance !

Du mois d’Octobre au mois de Décembre, je décidais de travailler ma vma sérieusement comme jamais avec en moyenne 8 entraînements par semaine. Cette préparation représenta en volume 1204 km.

Et du 9 Janvier jusqu’au 19 avril, la suite de mon entraînement passa sur la préparation spécifique ( travail de l’allure marathon et de la puissance lipidique ), avec en moyenne 10 entrainements par semaine sauf sur semaine de récupération et régénération. Cette préparation représenta en volume 1937 km.

Les deux additionnés cumulent 3141 km de volume d’entraînement.

Je sais, ça fait beaucoup mais j’ai pris ce risque pour deux raisons:

-La première c’est que je suis un compétiteur et participer à ce marathon était synonyme de gros objectif… passer sous les 3h00 ! et je voulais vraiment m’en donner les moyens.

-La deuxième c’est que juste après ( avec une bonne coupure ), je bascule sur le Trail, et toute cette préparation volumineuse ne pourra que me permettre d’acquérir de très bonnes bases d’endurance et de mieux lutter avec les longues distance et les côtes qui m’attendent par la suite, notamment au Grand Trail des Templiers le 21 Octobre.

Je savais que je pouvais prendre un risque de surentrainement, ce qui m’est arrivé d’ailleurs en toute fin de préparation ( baisse de tension artérielle et tendinite a la cheville droite ), mais comme on dit  » Plus l’entrainement est dur, Plus la course est facile  »

De plus après avoir battu mes records sur 10 km le 11 fevrier avec une allure à 3’43 min/km et sur semi-marathon le 24 mars avec une allure à 3’49 min/km, j’ai revu mon objectif à la hausse… un tort je pense. J’ai travaillé une allure spécifique depuis deux mois et j’aurais du rester sur mon plan initial ( première leçon que je tire de ce marathon ), mais jusque là tout était parfait. j’enquillais les kms avec tous les voyants au vert au niveau physique et je réalise des records persos.

10 jours avant le départ, je commence l’affûtage et mis à part ma tendinite que j’arrivais a supporter sur mes quelques sorties, je commençais à avoir des fourmis dans les jambes, la surcompensation fonctionnait. J’étais au taquet et prêt pour affronter les 42,195 km Nantais.

La seule mauvaise nouvelle fût la météo. Après une préparation sous des températures hivernales durant 5 mois, le soleil décide de faire son apparition maintenant… 5 jours avant le marathon. Et c’est indéniable il va faire très chaud !!

Voila je vous résume grossièrement toute ma préparation et mes ressentis d’avant course pour que vous sachiez ou je me situais au niveau physique et mental à 9h30 au départ du marathon de Nantes.

On y est dimanche matin, avec Mathieu on se place dans le sas 3h00, on échange un peu, on rigole mais on sait que ça va être dur. Un marathon, il faut être capable de courir à intensité maximale de ses capacités du moment sur la distance reine de l’athlétisme… 42 km.

9h30… GO !!!

je m’élance a la bonne allure et je fais attention, avec l’euphorie, de ne pas partir trop vite. Je me sens vraiment bien sur les premiers km, par contre dans les trois premiers km, je commence à manger des casses pattes  ( faux plat/ pont ), et quand je vois le panneau 3km/ 35km, je sais déjà que la fin se fera au mental pour tenir mon objectif.

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Les 5 premiers kms en 20’24 » ( 4’04 min/km ) se passent super bien, nous sommes dans le centre ville de Nantes et les grandes battisses nous protègent du soleil, on court à l’ombre et c’est cool !

On traverse le Jardin des Plantes, même dans ma bulle j’ai pu remarquer que ce parc était très beau, puis j’arrive dans le coeur du centre ville de Nantes… quelle ambiance !!

Le public Nantais est là et franchement c’est agréable ! Je dois passer trois fois par cette zone, si je suis dans le dur le public pourra me rebooster.

Je déroule les kms et tout va bien, j’arrive sur les quais au 10 éme km en 40’24 » ( 4’02″/km ), je suis dans mon tempo, mon allure objectif et j’ai plus qu’à me caler sans chercher de complication. je sais qu’à ce moment je me suis dit :  » Aller Thomas ! encore 32 km, pendant ta préparation t’as rentré des sorties de 36 km sans taper de mur, il n’y a pas de raison, ça va rentrer !!  »

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Par contre, c’était sans savoir que une fois sur les quais deux éléments allaient changer les choses. Désormais plus d’ombre, le soleil frappait fort sur la tête et le corps et croyez moi on le sent de suite et enfin un vent de face qui, certes rafraichissait un peu, demandait de forcer pour tenir mon allure. Ce fût déterminant pour la suite.

Mais j’arrive au 15 éme km en 1h00’24 », je tiens toujours la bonne allure, je prends mon 1er gel et aucun signe de fatigue dans mes jambes, mais je ne vous cache pas que ma tendinite, elle, je la sens à chaque foulée. J’essaie juste de pas me focaliser dessus.

Encore 27 km et pour le moment je prends un plaisir énorme !

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Le parcours nous fait ensuite passer par la  » Maison des Hommes et des Techniques  » ( les machines de l’île ) et quel plaisir de passer devant  » Le Grand Éléphant « , ses 12 mètres de haut impressionnent et quel régal pour les yeux.

Par contre le pont « Anne de Bretagne « , il fait très mal, premier ralentissement dans mon allure, mais tout va bien et je prends mon deuxième gel. Je passe le semi en 1h25’24 », et je suis parfaitement dans ma stratégie. Réaliser deux semi sur la base de ce chrono.

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Puis rebelote, retour sur les quais… retour de la chaleur et du vent.

A partir de la une nouvelle course commence, je sais que le plaisir est fini, il va falloir y aller au mental. Je pense plus à 2h55 mais au moins passer en dessous de la barre des 3h00.

J’arrive au 25 éme km en 1h41’48 », mon allure moyenne baisse mais si je tiens le coup, les 3h00 sont dans la poche. Mais qu’est ce que j’ai chaud, c’est dur et je lutte vraiment pour continuer à courir 14,5 km/h.

Deuxiéme passage devant le Grand Éléphant et il aura eu raison de moi !

Qu’est ce qui m’arrive ?! ce n’est pas possible, je commence a ressentir des picotements dans les cuisses et les mollets, mes jambes sont lourdes, je n’y arrive plus. J’ai chaud, j’ai mal à la cheville et mes jambes n’avancent plus…

30 éme km… BIM !!! je me prends le mur… explosion net !!

C’est fini, je vais abandonner, c’est certain. Mon corps est en black out total, je marche, bordel de bordel !! je marche !!

Et c’est maintenant que mon plus fidèle allié arrive… mon mental qui a déjà fait si souvent ses preuves, je sais que je peux compter sur lui !

Je me reprends, il me reste 12 km, ce qui représente une sortie de 1h00, je dois pouvoir le faire !!

je suis à 2h06′ de course, je devrais arriver vers 3h06′. Il n’est plus question de la barrière des 3h00 mais d’être finisher maintenant et je prends mon gel.

Je ne vais pas pouvoir vous dire grand chose par la suite, juste que j’ai énormément souffert pour arriver au bout. Quand le meneur d’allure 3h00 me double, je sens une réelle déception, je m’étais tellement entrainé pour y arriver. J’ai pourtant essayer de le suivre, mais bordel, encore un pont, je marche.

35 éme km crampe au quadriceps gauche, 38 éme km crampe au quadriceps droit… quel enfer !! je marche à plusieurs reprises en me massant les cuisses pour faire partir les crampes plus vite et la chaleur n’arrange rien.

Heureusement que le public nantais et les bénévoles donnent de leur voix, grâce à ça j’ai pu me relancer dans ma course. Au 40 éme km, je suis heureux, je sais que le plus dur est fait, en passant devant le ravito je hurle de joie, j’arrive même à accélérer… la puissance du cerveau !!

C’est fou comme il peut agir sur le corps, il comprend que c’est la fin et il lâche tout ce qui reste.

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Ces deux km sont un véritable régal, c’est toujours aussi dur mais j’en profite, je sais que je vais finir, les nantais m’encouragent et j’adore ça. J’arrive en larmes sur ce magnifique tapis rouge à 43,1 km en 3h09’05 » à la 110 éme place sur 2950 finishers ( 600 abandons ).

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Quel kiffe !! Je veux profiter de ce moment, avant de prendre ma médaille, je m’allonge par terre, visage face au ciel et je me mets à rêvasser pendant un moment… merde ! je l’ai mérité !

Puis sans perdre de temps je rejoins ma tribu en larmes et je les sers fortement dans mes bras.

j’ai tout donné, j’ai puisé comme jamais pour aller chercher ce petit beurre.

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Je ne vous cache pas que sur le coup j’ai ressenti de la déception, mais après coup j’ai réalisé que ce marathon fût une belle victoire contre moi même avec malgré tout… un goût amer.  Vu les conditions du jour mes intentions étaient trop élevées, la barre des 3h00 se sera pour la prochaine fois.

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Avec de tels épreuves on en sort toujours grandi, et pour se consoler, une course ratée est un entrainement réussi.

Et pour l’anecdote, Mathieu a terminé son premier marathon.

 

 

 

 

 

 

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